Soutenir les étudiants-chercheurs, c’est garantir l’avenir de la recherche et de l’innovation

 


À l’instar de l’Acfas, dont la lettre ouverte #chercheurengagé a déjà recueilli plus de 6000 signatures en quelques semaines, la communauté étudiante ne peut que décrier les compressions imposées en recherche et déplorer l’absence de vision du gouvernement Couillard en regard d’une véritable politique scientifique pour le Québec. De plus, les coupes annoncées et aussitôt annulées, face au tollé qu’elles ont suscité, visant les organismes tels que l’agence Science-Presse et la revue Les débrouillards illustrent le climat d’incertitude qui pèse sur la communauté scientifique.

 

Quelle place pour la recherche et l’innovation ?

 

En juin dernier, le dépôt du budget Leitão a marqué la mise au rencart de la Politique nationale de la recherche et de l’innovation (PNRI) : lancée à l’automne 2013, cette politique était le fruit d’une vaste consultation et avait suscité l’unanimité dans les milieux universitaires, industriels et économiques. Par l’entremise de la PNRI, le gouvernement précédent avait défini des priorités dans les domaines de la recherche et de l’innovation pour les cinq années subséquentes, en se dotant de moyens ambitieux pour atteindre ces objectifs, avec une enveloppe de 3,7 milliards de dollars. Animé par le désir de «réviser» les engagements de la PNRI, le gouvernement Couillard en a sacrifié de larges pans au nom de la rigueur budgétaire. Cette décision révèle un manque flagrant de vision de la part de nos dirigeants et compromet irrémédiablement la création des 1 500 bourses d’études et des 1 200 stages en milieu de pratique prévus par la PNRI.

 

Dans ce contexte morose, il est essentiel de se rappeler que la recherche n’est pas une dépense, mais bien un investissement. Et cet investissement est rentable : comme l’a démontré l’Association des universités et des collèges canadiens (AUCC) en 2011, les activités de R&D menées dans les universités du pays, qui se chiffrent à 11 milliards de dollars, rapportent plus de 60 milliards en retombées économiques. Pour assurer la pérennité des structures de recherche actuelles et soutenir ses scientifiques, le Québec n’a d’autre choix que de mettre rapidement en œuvre une politique scientifique ambitieuse en préservant les fonds dédiés à la PNRI.

 

Les priorités en recherche : bâtir pour l’avenir

 

D’une part, le soutien à la recherche et à l’innovation passe sans conteste par les Fonds de recherche du Québec (FRQ) qui financent à la fois les étudiants, les chercheurs et les groupes de recherche. Il est donc inconcevable que le budget des FRQ ait été amputé de 18 millions de dollars cette année par rapport aux 185 millions initialement prévus par la PNRI. Le gouvernement doit revenir sur cette décision et s’engager à accroître le nombre de bourses pour les étudiants-chercheurs. Par leur travail quotidien dans les laboratoires de recherche et la publication de leurs travaux, les étudiants jouent, en effet, un rôle incontournable dans l’innovation et la recherche : en participant à la création de nouvelles connaissances, ils contribuent directement au dynamisme des universités et au transfert des savoirs vers la société. À la lumière de ces retombées pour l’ensemble du Québec, cette somme de 18 millions de dollars constitue un bien maigre investissement : soutenir les étudiants-chercheurs, c’est garantir l’avenir de la recherche et de l’innovation dans nos universités.

 

Incidemment, pour assurer le succès des étudiants, qui font face à un endettement élevé, l’octroi d’une bourse d’études constitue un élément déterminant. Comme le démontre le dernier rapport annuel du FRQ-Société et culture, 92% des étudiants considéraient que l’obtention d’une bourse a été un facteur important dans la poursuite de leur programme de formation. Les bourses contribuent ainsi à réduire les taux d’abandon, en permettent aux étudiants de se consacrer pleinement à leurs travaux. Malheureusement, le nombre des bourses allouées reste trop faible, et bien que la majorité des demandes adressées aux FRQ soient recommandées sur la base de leur qualité scientifique, seul un petit nombre d’étudiants sont financés. Un réinvestissement dans les FRQ doit donc se faire en priorité dans l’optique de financer le plus grand nombre d’étudiants-chercheurs.

 

D’autre part, le financement de la recherche ne doit pas se cantonner à quelques domaines jugés rentables et stratégiques, mais doit embrasser tous les champs de la recherche, notamment les domaines des sciences humaines, des lettres et des arts. Ces secteurs de recherche sont essentiels pour répondre aux enjeux sociétaux auxquels sera confronté le Québec dans les prochaines années, tels que le vieillissement de la population. Un financement adéquat de la recherche fondamentale est également primordial, car celle-ci constitue le creuset d’où émergeront les futures innovations et avancées scientifiques.

 

Alors que les besoins en professionnels qualifiés vont s’accroitre dans les années à venir, le Québec doit miser sur la formation de sa jeunesse. Les étudiants d’aujourd’hui seront en effet les travailleurs et par là même les artisans du développement économique du Québec de demain. Il est donc nécessaire de supporter financièrement les jeunes universitaires jusqu’à l’obtention de leur diplôme grâce à l’octroi de nouvelles bourses de recherche et la multiplication des stages en milieu de pratique. Ces quelque 18 millions de dollars pour financer ces mesures permettront de favoriser l’émergence d’une relève qualifiée tout en soutenant le dynamisme scientifique des universités québécoises. C’est pourquoi les associations étudiantes universitaires signataires de cette lettre, représentant 200 000 membres, appellent les acteurs de la communauté universitaire, professeurs, syndicats, recteurs, à joindre leur voix pour réclamer un meilleur financement des Fonds de recherche du Québec.

 

ADEESE (éducation, UQAM)

AÉCSP (cycles supérieurs, Polytechnique)

AEENAP (ENAP)

AéESG (gestion, UQAM – incluant AéPTI et l’AéPhDA)

ÆLIÉS (cycles supérieurs, Université Laval)

AEP (premier cycle, Polytechnique)

AÉTÉLUQ (TÉLUQ)

AGEUQAT (UQAT)

AGE UQTR (UQTR)

CADEUL (premier cycle, Université Laval)

CSU (premier cycle, Concordia)

FAÉCUM (Université de Montréal)

FEUS (premier cycle, Université de Sherbrooke)

PGSS (cycles supérieurs, McGill)

REMDUS (cycles supérieurs, Université de Sherbrooke)

 

Fédération étudiante universitaire du Québec et son Conseil national des cycles supérieurs (CNCS-FEUQ)